Mermoz, j’ai raté l’avion (2018)


         Deux Mermoz dans cette histoire : le premier est de chair ; le second de béton. L’aviateur d’un côté ; de l’autre le quartier. Si le premier donne son nom au second, la cité célèbre en retour le souvenir du pilote. Par quel biais ? Le bruit de ses avions. De longues et lourdes carlingues font en effet peser sur cette cité-dortoir une véritable chape de son qui trouble son sommeil et gêne sa vie sociale.

        Ces insomnies forcées se prolongent la journée et prennent la forme d’une accablante torpeur. En cause, un urbanisme qui limite autant que possible les espaces de rencontre et qui, par ce voie-là, fait de la voix une SDF. Vie sociale verrouillée, quotidien cadenassé ; le silence raconte cette histoire qui s’achève par ce paradoxe : quand des avions passent, les habitants n’entendent rien ; quand des avions ne passent pas, les habitants n’entendent rien. Constat amer mais, heureusement, non constant : la Maison de Quartier autogérée sait délivrer ces voix bâillonnées, selon des forces et dans des formes insoupçonnées.

         Ce documentaire sonore se compose de trois épisodes, tous trois disponibles et écoutables indépendamment les uns des autres. Le montage intégral reste toutefois la version de référence.

 

Mermoz, j’ai raté l’avion

Thibauld Weiler